L'accès à l'optique pour les plus démunis : l'Assurance Maladie a enquêté

Dans l'actuel contexte de renoncement ou retardement des soins pour une partie des Français, l'optique est souvent citée comme le secteur le plus "luxueux" en matière de dépenses et donc celui où les plus démunis ont le plus de mal à se faire soigner.

Forte de ce constat, la Caisse Nationale d’Assurance Maladie a réalisé une enquête qui montre que, dans le cas des achats d’optique, les dépenses restant à la charge des bénéficiaires de la CMU-c  (ou couverture maladie universelle complémentaire) sont peu fréquentes mais que ces dépenses sont d’un montant relativement élevé et peuvent faire obstacle à l’accès aux soins des catégories modestes. Il en ressort aussi que a majorité des opticiens ne proposent que peu de montures pour les plus démunis et que près de la moitié ne jouait pas son rôle de conseil auprès de cette population.

 

Cette enquête a été confiée au CREDOC qui a donc cîblé des bénéficiaires de CMU-c ayant eu un reste à charge en optique afin d'analyser les circonstances et les motifs de ces restes à charge.

Cette étude a été menée entre mai et septembre 2011 sur sept territoires correspondant aux caisses les plus importantes en termes de nombre de bénéficiaires de la CMU-C, et a comporté deux parties :

  • Une enquête qualitative conduite auprès d’une vingtaine de bénéficiaires et une vingtaine d’opticiens afin d’identifier et de caractériser les principaux motifs des restes à charge et d’élaborer le questionnaire

  • Une enquête quantitative menée auprès d’un échantillon représentatif (en termes de sexe, âge, caisse d’appartenance, objet et niveau du reste à charge) de 900 bénéficiaires ayant eu un reste à charge en soins d’optique au cours des 12 derniers mois

Les résultats de cette enquête sont édifiants.

Petit rappel la CMU-c est entrée en vigueur en France le 1er janvier 2000, et offre une protection complémentaire santé gratuite à toute personne résidant en France de façon stable et régulière et dont les ressources sont inférieures à un plafond. Au 1er juillet 2011, ce plafond s’établissait à 7 771 euros pour une personne seule en métropole, soit 648 euros par mois.
Au 31 décembre 2010, le Fonds CMU recensait 4 319 165 bénéficiaires de la CMU-c, soit +3,3 % par rapport au mois de décembre 2009.


Dans le secteur de l’optique, le montant maximum pris en charge par la CMU-C pour les adultes s’élève à 20 euros pour une monture et entre 14 euros et 57 euros pour chaque verre selon le type de verre. Cette prise en charge est légèrement supérieure pour les enfants. La CMU-C prend en charge une paire de lunette par an, sauf modification de la correction visuelle.

Des restes à charge peu fréquents mais relativement élevés pour les bénéficiares de la CMU-c

Environ un bénéficiaire de la CMU-C sur dix réalise une dépense d’optique chaque année.
Pour la majorité de ces bénéficiaires, le dispositif CMU-C joue bien son rôle puisque dans près de deux cas sur trois , ils sont entièrement remboursés . Toutefois, les 38 % restant sont confrontés à des restes à charge élevés :

  • 165 euros en moyenne par dépense d’optique.

Or pour ces bénéficiaires interrogés à la situation financière difficile, pour une personne sur quatre, la dépense a nécessité une aide de l’entourage ou a été reportée, le temps d’économiser la somme nécessaire pour couvrir le reste à charge.

 

Des restes à charge subis par plus de la moitié des bénéficiaires, mais qui pourraient selon eux être évités dans près de la moitié des cas

 

54 % des bénéficiaires interrogés ont le sentiment de ne pas avoir eu le choix concernant le reste à charge auquel ils ont eu à faire face, et qu'ils considèrent comme autrement « subi ».

Cette notion de reste à charge « subi » ou « choisi » est à mettre en perspective avec le comportement des bénéficiaires.
En effet, 4 sur 10 estiment qu’ils auraient pu éviter le reste à charge s’ils avaient consulté d’autres opticiens. Ils pensent donc ne pas avoir eu accès à une offre adaptée à leurs besoins chez l’opticien qu’ils ont consulté. Ces bénéficiaires ont sans doute eux-mêmes limité leur éventail de choix, pensant que tous les opticiens n’acceptent pas les bénéficiaires de la CMU-C (comme l’a montrée la phase qualitative de l’étude).
De fait, 10 % d’entre eux disent avoir été confrontés, en tant que bénéficiaires, à des refus de vente de la part d’un opticien. Au total, la moitié des bénéficiaires n’a consulté qu’un seul opticien avant d’effectuer son achat.
Les bénéficiaires qui ont consulté trois opticiens ou plus (16 %) sont significativement plus nombreux (57 % contre 41 %) à déclarer qu’ils n’auraient pas pu éviter leur reste à charge s’ils avaient consulté un autre opticien.

Ces résultats montrent que les bénéficiaires qui ne font pas la démarche de consulter plusieurs opticiens ne semblent pas assez informés des possibilités qui s’offrent à eux.

Ceci conforte l'éditeur du portail que nous sommes à continuer notre travail pour permettre une démarche si ce n'est comparative, car assez complexe en optique, au moins informative avant-achat.

L' offre de montures limitée et peu attrayante pour les bénéficiares de CMU-c

L’offre de montures rentrant dans le panier CMU-C est variable selon les opticiens, mais reste généralement très limitée : plus de la moitié des bénéficiaires se sont vus présenter moins de cinq montures par leur opticien, voire aucune pour plus d’un bénéficiaire sur dix.
Près de la moitié des bénéficiaires ont alors fait le choix de sortir de l’offre proposée dans le cadre de la CMU-C, pour des raisons d’esthétique pour 70% d'entre-eux et de la solidité et de qualité des montures pour 42% de ces bénéficiaires.

Les opticiens eux-mêmes ont souvent admis que les montures proposées n’étaient pas de bonne qualité, voire « pas solides ».

Cela relance le débat de savoir si les grilles de remboursement qui n’ont pas été actualisées depuis la création du dispositif CMU-c en 2000, sont toujours viables pour réduire le reste à charge, les opticiens estimant que les technologies ont évolué, et que l’augmentation des coûts de fabrication des montures et des verres n’a pas été prise en compte. Mais ces évolutiosn technologiques ne sont-elles pas aussi source de meilleurs coûts de fabrication et donc de prix un peu moins élevés? 

Le conseil de l'opticien à revoir selon les bénéficiaires

 

L’opticien est l'interlocuteur principal pour renseigner le bénéficiaire sur l’offre du panier CMU-c, les niveaux de remboursements ou encore les démarches administratives à accomplir. Toutefois, cette enquête révèle qu'il ne jouerait pas suffisamment son rôle de conseil pour aider ces clients à réduire leurs restes à charge.

Dans près de la moitié des cas, le bénéficiaire considère que l’opticien ne l'’a « pas spécialement» aidé. Pire, dans près d’un cas sur dix, il l’aurait même
poussé à la consommation, augmentant ainsi le sentiment des bénéficiaires d’avoir subi leur reste à charge.

 

Cette enquête a donc permis de révéler un certain nombre d'éléments à améliorer pas seulement du côté de la prise en charge ou des niveaux de confort minimum, de qualité et d'esthétique requis pour les équipements remboursés mais aussi du conseil et de la démarche d'un consommateur averti qui s'informerait AVANT l'achat.

L'enquête ne précise d'ailleurs pas si les bénéficiaires avaient eu recours à des opticiens en ligne.

 

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