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Interview de Etienne CANIARD, Président de la Mutualité Française (octobre 2011)

La Mutualité Française couvre 38 millions de personnes protégées par les mutuelles de la Mutualité Française. Comment voyez-vous l’évolution du rôle des assurances complémentaires dans la prise en charge des dépenses de maladie des Français?

Depuis quelques dizaines d'années, la situation a profondément évolué. Aujourd'hui l'Assurance Maladie obligatoire ne rembourse plus que la moitié des dépenses de soins courants. Cela signifie tout simplement, que disposer d'une couverture complémentaire, d'une mutuelle, est indispensable pour accéder aux soins. On en n'a pas tiré toutes les conséquences. Aujourd'hui si 94% des Français ont une complémentaire, il en reste encore un certain nombre qui n'ont pas accès et pour lesquels les difficultés pour accéder aux soins sont extrêmement importantes. Parallèlement, l'intervention des complémentaires n'est pas assez organisée. Aujourd'hui, on voit bien que l'évolution du marché des complémentaires a conduit à une très grande segmentation de l'offre, ce qui signifie tout simplement qu'on offre des contrats qui répondent aux caractéristiques de groupe de plus en plus précis et cela signifie, tout simplement, que les complémentaires deviennent chères, souvent trop chères, difficiles d'accès pour les personnes les plus fragiles. Il faut donc organiser pour demain l'accès aux complémentaires et organiser les domaines dans lesquels les complémentaires agissent pour qu'elles ne remboursent que des dépenses utiles. Si on travaille sur ces deux leviers, on fera des complémentaires l'indispensable auxiliaire au régime d'Assurance Maladie pour permettre à toues les Français d'accéder aux soins.

Et aujourd'hui justement, est ce que vous pensez que la taxation prévue par la loi de financement de sécurité sociale (PLFSS) remet en cause ce rôle des complémentaires, et va dans le sens de l'augmentation du reste à charge de toutes manières pour les Français?

Cette taxation est incontestablement un très mauvais signal donné : à la fois parce qu'il montre que les pouvoirs public préfèrent utiliser les complémentaires santé d'avantage comme supplétif de l'Assurance Maladie, comme source de financement pour combler les déficits de l'Assurance Maladie plutôt que de leur faire remplir leur véritable rôle, de leur faire exercer leur métier qui est celui de distribuer des prestations. On comprend bien que quand on augmente de 3,5% la taxe sur les conventions d'assurance, c'est à dire qu'on prélève 1,1 milliard d'euros aux complémentaires, ce milliard cent n'est plus disponible pour verser des prestations. Pourquoi est-ce que je cite les chiffres? Et bien tout simplement, parce que finalement on parle beaucoup du problème des dépassements d'honoraires comme un problème majeur d'accès aux soins, l'ensemble des dépassements d'honoraires pour les soins médicaux, je mets les soins dentaires de côté, c'est 2,5 milliards d'euros. Et on voit bien que quand on a une taxe sur les conventions d'assurance qui est passée de 0 à 3,5 l'an dernier et de 3,5 à 7 cette année, ça représente 2,2 milliards d'euros on ne peut pas ne pas se poser la question qui conduit à se demander tout simplement si il n'aurait pas été plus utile d'utiliser ces 2 milliards d'euros pour régler une bonne fois pour toutes le problème des dépassements d'honoraires; donc cette taxation réduit les marges de manœuvres économiques des complémentaires, pèsera finalement sur les adhérents des mutuelles puisque cette taxe va évidemment être répercutée dans les coûts, risque d'introduire des phénomènes de démutualisation, qui eux-mêmes vont conduire à une mauvaise utilisation du système de soins. On sait très bien que quelqu'un qui a une mauvaise couverture, va fréquenter les urgences plutôt que son médecin généraliste, parce que ça lui permet d'avoir une offre de soins à sa disposition sans qu'il ait à faire l'avance de frais, mais on sait très bien que ça coûte finalement beaucoup plus cher pour la collectivité.

Vous parlez des dépassements d’honoraires justement, que pensez-vous quand même de l’opacité des prix et des tarifs de soins de santé actuellement? Est ce qu’il faut aller vers plus de transparence?

Il faut évidemment aller vers plus de transparence. Je pense qu'il y a deux enjeux qu'il faut rechercher en même temps. L'enjeu de l'opposabilité. C'est à dire qu'il faut que les Français quand ils vont voir un professionnel de santé sachent ce qu'ils vont payer et sachent ce qu'ils vont recevoir comme remboursement. Il y a finalement très longtemps qu'on est sorti de cette logique de tarifs opposables puisque le secteur 2 et la possibilité de dépassement d'honoraires datent de 1980, ça fait 31 ans et depuis 31 ans, c'est un système qui a considérablement crû qui s'est développé tant en nombre de professionnels concernés qu'en montant des dépassements. Aujourd'hui, 4 spécialistes sur 10 sont en secteur 2, parmi ceux qui s'installent c'est 6 sur 10, donc on voit bien une accélération extrêmement importante dans ce domaine. Parallèlement y compris sur les tarifs existants, le maquis tarifaire est d'une complexité telle que personne ne peut s'y retrouver: le nombre de situations différentes, avec des options pour telles ou telles caractéristiques des patients, pour tel ou tel acte font qu'un Français ne sait plus combien il va payer, combien il va être remboursé, si on y ajoute la liberté tarifaire on est dans un maquis absolument complet. Donc bien sûr, il faut des efforts sur la transparence, mais ces efforts ne porteront leurs fruits que si on a aussi une simplification des modes de rémunération et également une opposabilité qui soit rassurante pour les Français qui ne les mettent plus dans cette insécurité totale qui conduit d'ailleurs aujourd’hui beaucoup de Français à poser une question quand ils vont voir un professionnel : c'est même pas est-il le bon professionnel pour ma pathologie, c'est combien prend-t-il et est ce que je vais pouvoir payer? Il faut évidemment sortir de cette logique.

Qui pour vous doit avoir un rôle dans cette transparence? Est ce que c’est le rôle unique de l’Assurance Maladie obligatoire?

Il faut que tous les acteurs participent à cet objectif de transparence. C'est évidemment le rôle de l'Assurance Maladie Obligatoire, parce que l'Assurance Maladie Obligatoire d'abord peut probablement agir sur la simplification de ce maquis tarifaire et deuxièmement disposent d'énormément d'informations pour permettre effectivement de connaître le niveau des dépassements d'honoraires etc... Des progrès ont d'ailleurs été considérablement observés dans la communication de l'Assurance Maladie ces dernières années, et à travers notamment le site ameli.fr. C'est pas suffisant, il faut aussi que tous les acteurs de terrain relaient ces informations parce qu' on sait très bien qu'une partie de la population, et souvent la plus fragile d'ailleurs, n'est pas en situation de pouvoir effectuer ces démarches qui leur permettent de maîtriser l'ensemble de ces informations, d'en maîtriser les conséquences, donc il faut travailler avec l'Assurance Maladie Obligatoire, il faut que les mutuelles qui ont une présence sur le terrain souvent plus forte que le régime général travaillent dans ce domaine là, il faut que les associations de patients contribuent évidemment à cette opération et il faut que des acteurs nouveaux, des médias comme le vôtre concourent à cet effort , favorisent la diffusion d'informations, et favorisent aussi la compréhension des mécanismes parce qu’ 'on voit bien qu'on n'est pas seulement devant un problème de mise à disposition d'informations mais face aussi un problème de pédagogie face à un système extrêmement complexe.

On est un peu à la croisée des chemins et on se dit qu’un site grand public comme le nôtre: Fourmi Santé, qui est indépendant et centré sur l’accès aux soins, la géolocalisation, l’orientation des français dans le maquis justement des tarifications et des prises en charge, quel rôle vous pensez vraiment qu’un site comme le nôtre peut-il jouer? Et est ce qu’il peut aider les Français et les inciter à être plus responsables, à mieux comprendre le service rendu par les complémentaires santé, à comprendre aussi qu’on est arrivé à un seuil de saturation pour la prise en charge par l’Assurance Maladie, et qu’il y a une responsabilité aussi de la part du grand public, est ce que vous pensez qu’un site comme le nôtre peut avoir un rôle à jouer là-dedans?

Tous les acteurs du web ont un rôle considérable à jouer. Un site comme le vôtre, peut évidemment par son indépendance, par l’information qu’il peut apporter conduire à modifier le comportement des Français dans leur utilisation du système de soins et c’est ça qui est important autant que l’information que vous donnez. C'est à dire que l'information que vous donnez c'est une information brute c'est aussi un outil pour mieux utiliser le système de soins. Et ça c'est essentiel, on voit bien qu'aujourd'hui les sujets de santé font partie des principales préoccupations des internautes, c'est le premier sujet consulté par l'ensemble des Français. Ca veut dire qu'il y a une grosse demande mais qui est une demande extrêmement multiforme. C'est une demande d'informations brutes, une demande qui conduit à se rassurer , qui n'est pas forcément opposée d'ailleurs à la relation avec les professionnels de santé mais qui complète cette relation, qui permet de mieux la préparer, c'est une information sur l'orientation, c'est une information sur les prix. Donc, on voit bien que les enjeux sont considérables, qu'il n'y aura pas d'outil unique, mais qu'il y a besoin d'outils qui soient appropriés par le public et l'énorme intérêt d'internet et des outils qui se multiplient aujourd'hui c'est que leur succès pour un marchand, c'est leur fréquentation, c'est leur adéquation avec les besoins des patients qui fait qu'ils sont plus ou moins rapidement appropriés et pour ma part je suis persuadé que le développement des outils internet va beaucoup faire progresser le système de santé.

Est ce qu'à la Mutualité Française justement c'est une stratégie que vous avez ou que vous aurez?

La Mutualité Français a développé depuis plusieurs années un service d'orientation et d'accompagnement des patients qui s'appelle PSM (ndlr Priorité Santé Mutualiste). Ce service a basculé sur le web depuis le début de l'année 2011, et évidemment à notre place avec nos spécificités, avec la valeur ajoutée qui peut être celle de la Mutualité, nous allons évidemment participer à la construction de ces outils à disposition du public. Je crois qu'il faut dans ce domaine avoir beaucoup d'humilité c'est à dire qu' il ne suffit pas d’avoir une bonne information, une légitimité, il faut aussi savoir délivrer cette information dans la forme qu’attendent les internautes au moment où ils en ont besoin. C’est un enjeu extrêmement complexe et c’est pour ça que je suis persuadé qu’il y a dans ce domaine la place à la fois pour des grands acteurs institutionnels comme la Mutualité et des acteurs beaucoup plus souples, beaucoup plus réactifs comme vous pouvez l’être.

Il faut que les Français quand ils vont voir un professionnel de santé sachent ce qu’ils vont payer et sachent ce qu’ils vont recevoir comme remboursement Etienne Caniard, Président de la Mutualité Française