Certaines femmes renonceraient à la pilule pour des raisons financières

La contraception
Source: Fourmi santé

L'Institut national d'étude démographique (INED) vient en effet de publier voici quelques jours un numéro de population et société consacré à la question : "La contraception en France : nouveau contexte, nouvelles pratiques ?" qui laisse entrevoir un scénario de ce genre. Nathalie Bajos, Aline Bohet, Mireille Le Guen, et Caroline Moreau y interrogent notamment les premiers résultats d'une enquête conjointe menée par l’Institut national d’étude démographique (INED) et l’INSERM autour de la question de la contraception féminine. 

 

 

Pour ceux qui ne souhaitent pas acheter ce numéro, le journal International de Médecine (JIM) nous livre dans un article datant de mercredi un résumé des enseignements les plus marquants de cette étude.

La tranche des 20-24 ans la plus concernée

Ce que la rédaction de Fourmi santé a retenu des résultats de cette étude, c'est l'importance supposée ou réelle du niveau de revenu et de formation pour ce qui est du recours à la contraception en général, et de l'accès à la pilule en particulier. Ainsi dans la tranche des 20-24 ans, l'étude constate sur dix ans une baisse de 10,4% du nombre de femmes déclarant prendre la pilule. Plus étonnant encore : la moitié seulement de cet "effectif perdu" semble avoir fait la transition vers un autre mode de contraception (anneaux, implants et patch hormonaux).

Le discours anti-médicaments

D'après JIM ce n'est pas le "discours anti-médicaments" actuel qui est à mettre cause dans ce rejet de l'hormonal et de la pilule : à l'appui de cette déduction, le fait que les diplômées - considérées à tort ou à raison comme davantage sensibles au discours "écologique" - ne sont pas celles qui ont le plus renoncé à la pilule.

 

Polémique autour de la pilule 3ème génération

On se souviendra cependant que plusieurs décès mettant en cause les pilules de 3ème génération ont défrayé la chronique , notamment en raison d'un risque plus élevé de thrombose, Début 2012, le British Medical Journal avait ainsi consacré un article qui a fait grand bruit à cette question, s'appuyant notamment sur une gigantesque étude danoise, dite de Lidegaard, qui a suivi près d'un million de femmes de 15 à 49 ans, de 1995 à 2009.

 Ce sont semble-t-il davantage des considérations liées au revenu qui sont à mettre en cause, on note en effet les corrélations suivantes :

  • Le taux de chômage est en nette progression pour la tranche d'âge concernée sur les dix dernières années ;
  • Elles sont 71% à ne pas utiliser la pilule et a avoir une situation financière qualifiée de difficile, contre 88% pour les "autres", soit un écart de 17% en points, mais de près de 25% en pourcentage ;
  • Parmi les cadres, elles sont 1,6% à ne pas utiliser la contraception (il eut été intéressant de "catégoriser" ce type social), contre 6,5% pour les ouvrières;
  • Ces derniers chiffres sont à mettre en rapport avec les 3 % de femmes qui déclarent ne recourir à aucune contraception et qui sont pourtant sans désir de procréation. Toujours d'après JIM, la situation dominerait chez les femmes en situation financière difficile, sous-diplômées ou vivant en milieu rural.

En cause le coût de la pilule

En cause d'après l'étude de l'INED / INSERM, le coût de la pilule qui varie pour information entre 7 et 36 euros pour 3 mois (source planning familiale) pour les pilules non remboursées par la sécurité sociale, (notamment celles de 4ème génération), et qui serait donc "la charge de trop" pour les femmes dans une situation financière problématique. Certaines complémentaires santé prennent bien en charge ce genre de coût, mais souvent dans le cadre d'un forfait "médicaments non remboursés" qui se trouve déjà très sollicité du fait des vagues de déremboursement massives de médicaments effectuées au cours des 8 dernières années en France... La pilule s'ajouterait alors en charge nette aux dépenses de santé des françaises, des dépenses "out of the pocket" comme disent les anglo-saxons.

La page de la revue de l'INED 

La contraception en France : nouveau contexte, nouvelles pratiques ?

Nathalie Bajos, Aline Bohet, Mireille Le Guen, Caroline Moreau

Population et sociétés - N°492, septembre 2012, 1,50 €. n° ISSN 0184 77 83

 

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